Retour au roadtrip

 

 

L'arrivée de Stef au bout de deux semaines de labeur a signé le début des "ders". Que j'attendais avec impatience et répugnance tout à la fois.

Dernier jour au haras. Derniers odd jobs. Dernière séance de longe, dédiée à Astor, étonnamment calme, après son marquage au fer rouge – chose obligatoire pour tous les chevaux envoyés en Western Australia. Dernier déjeuner dans la maison des helpers, avec Ifen et Bérengère, la dernière française à rester.

… Puis je finis mon sac, et vient le moment des adieux, quelque peu bousculés par la horde de juments et de poulains lancés au triple galop dans les allées du haras, que tous les bras restants se consacrent à aiguiller et presser…
Et hop, on est dans la voiture.

Direction Melbourne, sous un soleil en fer-blanc et les 40°C impitoyables  qui enserrent la campagne du Victoria.
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Northern Warmblood Stud

 

 

7H30. Le réveil vibre, et commence la journée au Northern Warmblood Stud, le haras de chevaux pur-sang où je travaille pendant deux semaines, à Kyabram, petit bourg perdu dans la campagne du Victoria.
Ma première tâche, en cet été austral qui frôle régulièrement les 40°C, est d’aller mettre en place et d’activer les tourniquets d’arrosage dans le « lunging paddock », le manège où on longe les chevaux, et le « yard », celui où on les monte. Puis je reviens prendre mon petit-déjeuner dans la main house, où Jan, la propriétaire du haras, me donne la liste des chevaux à longer, à nourrir, et autres consignes de travail. Après, la journée est lancée.

Pukekohe, Auckland

 

 

Oui, PU-KE-KO-HE, et pas  "Pokékohé" comme l'écorche sans cesse Bénédicte !

Ce petit bourg à une demi-heure d'Auckland City – pour différencier la ville de la région d'Auckland – est l'endroit où on a fait plus ample connaissance avec le climat néo-zélandais et le travail dans une ferme. De noix de macadamia plus exactement, tenue par nos hôtes Virginia et Charles, des Anglais de pure souche, atterris en Nouvelle-Zélande après avoir vécu plusieurs années en Europe et en Afrique dans leur jeunesse.
On devait accomplir quatre heures de travail par jour, weekend inclus, mais modulables selon que l'on voulait avoir des day-off ou non. Autant vous dire qu'on n'a pas chômé, et que la majorité du travail se faisait à l'extérieur pour mon plus grand plaisir… et le malheur de Bénédicte, puisque le temps n'était pas vraiment clément la première semaine :D.

Première leçon à retenir en Nouvelle-Zélande : ne sortez JAMAIS sans K-way, bottes et rain pants, si vous voulez rester secs à l'extérieur. Car, comme le veut le dicton kiwi "si le temps ne vous plaît pas, attendez cinq minutes." S'il fait beau, il peut pleuvoir des trombes dix minutes plus tard, pendant vingt minutes, puis faire beau à nouveau cinq minutes – le temps de sécher -, puis pleuvoir à nouveau des cordes… Et le ballet se répète à l'envi, selon les caprices du ciel, n'en déplaise au malheureux helper qui se retrouve dans la boue et l'humidité, ne sachant plus s'il doit courir s'abriter à la moindre goutte, quitte à arriver à l'intérieur juste quand la pluie s'arrête, ou rentrer la tête dans les épaules en priant pour ne pas être saucé jusqu'aux os…
Deuxième leçon : si vous avez retenu la première leçon, et que vous travaillez dur, ne mettez pas forcément les rain pants, si vous voulez rester raisonnablement secs à l'intérieur. Car les rain pants sont invincibles contre l'humidité… votre propre transpiration incluse. Du coup, si vous restez secs à l'extérieur, qu'il pleuve ou non, en l'espace d'une heure vous nagerez littéralement dans le Grand Bleu à l'intérieur si vous mettez du coeur à l'effort. Inutile de vous dire que je n'ai pas tenu longtemps dedans… Je préfère encore avoir des poches dans lesquelles mettre mes gants et mes cisailles, de toute façon.

La première semaine, on a donc alterné outdoor et indoor jobs, selon que la pluie était intermittente ou continue. On a fait beaucoup de "de-hushing", qui ne peut se traduire qu'approximativement par "décortiquage". Autrement dit on travaillait avec une machine qui enlève la première coque des noix au milieu d'un grand vacarme. C'est pas très compliqué sur le papier : on vide un seau de noix à un bout, on touille ensuite dans l'entonnoir avec un bâton pour que la machine ne se bloque pas, et de vertes, les noix sortent marron à l'autre bout, en passant sur des rails où on les trie. On rattrape celles pas bien dégagées pour les faire repasser dans l'entonnoir, élimine celles pourries, trop petites, ou cassées… et laisse passer toutes les autres qui tombent dans des sacs. Lesquels sont ensuite décrochés du cadres, pesés, transvasés dans un autre sac, et mis à sécher par nos soins. Elles sèchent ainsi pendant six semaines, avant d'être de nouveau décortiquées avec une autre machine plus délicate, ou directement envoyées aux commerçants. On a aussi fait beaucoup de ménage, de cuisine, et la coupe d'un tas de bois, qui nous a pris cinq jours sous la pluie et le vent… Et fait connaissance avec les poules et les 4 cochons, dont deux que j'ai vite rebaptisés Schopenhauer et Kant. Déformation khâgnale, qu'est-ce que vous voulez… et c'était proprement tordant de dire "Non ce n'est pas l'orage, c'est Kant encore en train de grogner… – Dis, je crois que Schopenhauer veut des gratouillis." Et de voir ce dernier courir derrière Bénédicte pour les avoir ses gratouillis, n'en déplaise à mademoiselle :D

La deuxième semaine, le temps étant plus clément, on a fait du picking en force. Avec grimper d'arbre et force positions acrobatiques pour attraper les noix les plus hautes avec le bâton de picking, et tirer un bon coup pour qu'elles tombent en cascade sur la bâche en bas pendant que l'autre helper se protège comme il peut. Et comme Béné n'aimait pas grimper aux arbres, devinez qui s'en donnait à coeur joie ? :D On a également fait un énorme bonfire entre deux souches d'arbre déracinées pour brûler tout le bois mort patiemment coupé et empilé, avec de gros troncs de bambous qui explosaient sous la chaleur. Et qui demandaient un bon coup de fourche pour entretenir le feu sans rôtir sur place ! Enfin, en vrac, on est devenues des expertes du lavage de voiture, du tri sélectif, de la pâtisserie anglaise et de la cuisine de la noix de macadamia à toutes les sauces. Et des puzzles. Et de l'humour anglais.

Et on a FINALEMENT réussi à acheter une voiture… Mais cela est une autre histoire, qui sera contée une autre fois. (Ceux qui connaissent la citation sont de grands connaisseurs de la littérature pour enfants).