Pukekohe, Auckland

 

 

Oui, PU-KE-KO-HE, et pas  "Pokékohé" comme l'écorche sans cesse Bénédicte !

Ce petit bourg à une demi-heure d'Auckland City – pour différencier la ville de la région d'Auckland – est l'endroit où on a fait plus ample connaissance avec le climat néo-zélandais et le travail dans une ferme. De noix de macadamia plus exactement, tenue par nos hôtes Virginia et Charles, des Anglais de pure souche, atterris en Nouvelle-Zélande après avoir vécu plusieurs années en Europe et en Afrique dans leur jeunesse.
On devait accomplir quatre heures de travail par jour, weekend inclus, mais modulables selon que l'on voulait avoir des day-off ou non. Autant vous dire qu'on n'a pas chômé, et que la majorité du travail se faisait à l'extérieur pour mon plus grand plaisir… et le malheur de Bénédicte, puisque le temps n'était pas vraiment clément la première semaine :D.

Première leçon à retenir en Nouvelle-Zélande : ne sortez JAMAIS sans K-way, bottes et rain pants, si vous voulez rester secs à l'extérieur. Car, comme le veut le dicton kiwi "si le temps ne vous plaît pas, attendez cinq minutes." S'il fait beau, il peut pleuvoir des trombes dix minutes plus tard, pendant vingt minutes, puis faire beau à nouveau cinq minutes – le temps de sécher -, puis pleuvoir à nouveau des cordes… Et le ballet se répète à l'envi, selon les caprices du ciel, n'en déplaise au malheureux helper qui se retrouve dans la boue et l'humidité, ne sachant plus s'il doit courir s'abriter à la moindre goutte, quitte à arriver à l'intérieur juste quand la pluie s'arrête, ou rentrer la tête dans les épaules en priant pour ne pas être saucé jusqu'aux os…
Deuxième leçon : si vous avez retenu la première leçon, et que vous travaillez dur, ne mettez pas forcément les rain pants, si vous voulez rester raisonnablement secs à l'intérieur. Car les rain pants sont invincibles contre l'humidité… votre propre transpiration incluse. Du coup, si vous restez secs à l'extérieur, qu'il pleuve ou non, en l'espace d'une heure vous nagerez littéralement dans le Grand Bleu à l'intérieur si vous mettez du coeur à l'effort. Inutile de vous dire que je n'ai pas tenu longtemps dedans… Je préfère encore avoir des poches dans lesquelles mettre mes gants et mes cisailles, de toute façon.

La première semaine, on a donc alterné outdoor et indoor jobs, selon que la pluie était intermittente ou continue. On a fait beaucoup de "de-hushing", qui ne peut se traduire qu'approximativement par "décortiquage". Autrement dit on travaillait avec une machine qui enlève la première coque des noix au milieu d'un grand vacarme. C'est pas très compliqué sur le papier : on vide un seau de noix à un bout, on touille ensuite dans l'entonnoir avec un bâton pour que la machine ne se bloque pas, et de vertes, les noix sortent marron à l'autre bout, en passant sur des rails où on les trie. On rattrape celles pas bien dégagées pour les faire repasser dans l'entonnoir, élimine celles pourries, trop petites, ou cassées… et laisse passer toutes les autres qui tombent dans des sacs. Lesquels sont ensuite décrochés du cadres, pesés, transvasés dans un autre sac, et mis à sécher par nos soins. Elles sèchent ainsi pendant six semaines, avant d'être de nouveau décortiquées avec une autre machine plus délicate, ou directement envoyées aux commerçants. On a aussi fait beaucoup de ménage, de cuisine, et la coupe d'un tas de bois, qui nous a pris cinq jours sous la pluie et le vent… Et fait connaissance avec les poules et les 4 cochons, dont deux que j'ai vite rebaptisés Schopenhauer et Kant. Déformation khâgnale, qu'est-ce que vous voulez… et c'était proprement tordant de dire "Non ce n'est pas l'orage, c'est Kant encore en train de grogner… – Dis, je crois que Schopenhauer veut des gratouillis." Et de voir ce dernier courir derrière Bénédicte pour les avoir ses gratouillis, n'en déplaise à mademoiselle :D

La deuxième semaine, le temps étant plus clément, on a fait du picking en force. Avec grimper d'arbre et force positions acrobatiques pour attraper les noix les plus hautes avec le bâton de picking, et tirer un bon coup pour qu'elles tombent en cascade sur la bâche en bas pendant que l'autre helper se protège comme il peut. Et comme Béné n'aimait pas grimper aux arbres, devinez qui s'en donnait à coeur joie ? :D On a également fait un énorme bonfire entre deux souches d'arbre déracinées pour brûler tout le bois mort patiemment coupé et empilé, avec de gros troncs de bambous qui explosaient sous la chaleur. Et qui demandaient un bon coup de fourche pour entretenir le feu sans rôtir sur place ! Enfin, en vrac, on est devenues des expertes du lavage de voiture, du tri sélectif, de la pâtisserie anglaise et de la cuisine de la noix de macadamia à toutes les sauces. Et des puzzles. Et de l'humour anglais.

Et on a FINALEMENT réussi à acheter une voiture… Mais cela est une autre histoire, qui sera contée une autre fois. (Ceux qui connaissent la citation sont de grands connaisseurs de la littérature pour enfants).