L’heure la plus sombre est celle qui vient juste avant l’aube

 
En 2006, je suis recalée pour la troisième et dernière fois à l’Ecole normale supérieure, alors que deux amis de promotion, que j’ai soutenus pendant l’année, sont admissibles. Un sera admis directement ; l’autre sera reçue au prédoctorat sur dossier tandis que mon propre dossier y est refusé.
En l’espace d’un jour, je vois s’effondrer tout ce sur quoi j’avais bâti mon avenir. J’ai donné quatre ans de ma vie pour intégrer cette école. Qui devait être mon sésame pour entrer dans l’intelligentsia littéraire française. Hier major de promotion, aujourd’hui je ne suis plus rien. Je ne peux même pas me présenter à l’agrégation de lettres, interdite aux sourds. Pour mes parents, je suis celle qui a raté sa vie. Pour le jury, je ne suis qu’un nom absent de la liste. Je ne suis qu’un énième élève de prépa qui rejoint la fac. L’ironie du jeu étant que, n’étant même pas sous-admissible, je dois passer tous les partiels de la troisième année de licence de lettres pour la valider, sous peine de devoir la redoubler. Partiels dont je ne connais les sujets ni d’Eve ni d’Adam. Un cursus d’une année que je dois assimiler en un mois et demi, et dont je n’ai ni les manuels ni les cours.

Eurydice

           "Ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont connu la mort de trop près et en sont revenus contiennent leur propre Eurydice : ils savent qu'il y a en eux quelque chose qui se rappelle trop bien la mort et qu'il vaut mieux ne pas la regarder en face. C'est que la mort, comme un terrier, comme une chambre aux rideaux fermés, comme la solitude, est à la fois horrible et tentante : on sent qu'on pourrait y être bien. Il suffirait qu'on se laisse aller pour rejoindre cette hibernation intérieure. Eurydice est si séduisante qu'on a tendance à oublier pourquoi il faut lui résister.
            Il le faut, pour cette unique raison que le trajet est le plus souvent un aller simple. Sinon, il ne le faudrait pas."
 
Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb
 
 

This is not who I am

To my parents, my siblings and my family first,

To all those who saw only the surface, and thought I was inhibited, blinkered, wild or mad, that I was living only for work and fame, or out of selfishness,
to all those who never truly knew who was standing in front of them – this is for you too.

 

This is not who I am. This is not what I want. I’m sorry, but you’ve mistaken me for somebody else.
 
You have been, you are still in denial. That, I know. I’ve known it for years, actually.
Still, I haven’t done anything about it yet. I hadn’t the strength to do it, until now.
I have always stayed hidden under a blank mask, by the physical distance between you and me, by my silence in front of your queries, under your eyes.
 
But I cannot do it anymore now.
Because if I go on as I did before, as I aways did despite my rebellions, it means I’m slowly killing my own self by stifling her with the self you decided she was.
I just cannot do that anymore. 
 

Editeur un jour…

 
Passer ma journée devant un ordinateur à rentrer du texte et des images, à tester des e-books mal configurés et en signaler tous les bugs un par un, ou rattraper les erreurs de traduction, de frappe et de design des développeurs (Non ce n’est pas du Times New Roman mais du Palatino… et NON on ne met pas d’espace AVANT les points de suspension !) m’emballe moyen, je l’avoue.
 
Mais mettez-moi dans une librairie, et j’irai de rayon en rayon, regardant les couvertures pour jauger leur design, soupesant et manipulant les livres pour savoir comment ils sont faits, les feuilletant pour observer la maquette intérieure, la 4e de couverture, la table des matières, tout.

« Mais ils ont appris l’anglais ! »

Une conversation animée s'élève soudain, puis retombe un peu. Etant à côté du testeur, je lui demande ce dont il s'agit.
"Ils ne comprennent pas pourquoi le client veut mettre de la langue des signes sur un ebook qui n'a pas d'audio, juste du texte."
Après un instant de pause, il me demande si je sais.
Les bras m'en tombent presque, quand je réalise à quel point ça leur paraît incompréhensible. J'explique, gentiment :
"Parce qu'il y a des gens qui ne connaissent pas l'anglais, tout simplement. Leur langue maternelle, c'est la langue des signes, et l'anglais pour eux est comme l'allemand pour vous : une langue étrangère qu'ils ont éventuellement apprise à l'école, mais qu'ils sont incapables de parler au quotidien."
Les bras lui en tombent à lui aussi, maintenant. Il dit "Mais… mais, ils ont été à l'école, ils ont appris l'anglais, les cours sont en anglais, on parle en anglais, ils ont lu et écrit en anglais !"

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L’héritage de Nadav

 
Ceci est la traduction du post précédent, Nadav's legacy, écrit en anglais. Un grand merci à Yaron Shavit, le père de Nadav, pour son aide durant la traduction.
 
 

Aujourd'hui est le deuxième anniversaire de la mort de Nadav, le 15 juillet 2010. Le moment idéal pour m'interrompre quelques minutes, et réfléchir aux souvenirs qu'il m'a laissés, par-delà son absence.

Chaque fois que je pense à Nadav, je retire des jours passés avec lui le sentiment fugace qu'était arrivé quelque chose d’important durant ces quelques mois, qu'il m'avait transmis sans s’en rendre compte. Nous ne savons jamais quelle impression nous donnons à ceux qui nous entourent, pas vrai ? Ce que nous leur donnons par notre simple présence. Eux-mêmes n’en savent rien non plus, à moins de faire l'effort conscient de délimiter l’espace que vous avez pris dans leur vie, l’effet que vous avez produit sur eux. C’est précisément ce que j’ai fait en tentant de mettre le doigt sur ce sentiment. J'ai dû creuser un peu dans ma mémoire, écartant les souvenirs les plus immédiats pour me concentrer sur les liens plus profonds et plus puissants qui me reliaient à Nadav et à sa famille.
 
 

Nadav’s legacy

Pour les francophones, la traduction de ce post faite avec l'aide de Yaron Shavit, le père de Nadav, se trouve là : L'héritage de Nadav.

 

Today's the second anniversary of Nadav's death, on 15th July, 2010. Quite a good time to stop for a few minutes, and reflect on the memories he ultimately left to me, beyond his absence.

Every time I'm thinking about Nadav, what I recall through the days spent with him is the elusive feeling that something important had happened during these months, that he had passed on to me, in complete unawareness. You never know exactly how you impress others around you, right ? What you truly give them by your simple presence. Well, the people around you don't know either, unless they consciously try to delineate the space you've taken in their life, and what it generated in themselves. That was exactly what I did when I tried to put my finger on this. I had to dig up a bit in my memories, to get the obvious out of the way, and focus on the deeper, stronger lines that ran through the relationship I had with Nadav and his family.

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5 choses que vous FAITES à Wellington, quoi que vous vouliez

Image Wikipedia

1/ A Wellington relooking capillaire tu subiras.
Ce n’est pas pour rien que les locaux l’appellent Windy Welly. La position de la ville, à la pointe sud de l’île nord et à l’ouverture du détroit de Cook lui fait prendre en pleine poire les conséquences d’un phénomène atmosphérique décoiffant. Comme la NZ est située sur les « roaring forties », les quarantièmes rugissants, elle est la seule langue de terre avec le Chili, à couper la route aux vents qui font le tour complet du globe sans rencontrer d’autre opposition. Et l’ouverture que crée le détroit de Cook pousse les vents à se compresser pour passer entre les deux îles, accroissant leur vitesse et leur violence. En somme, quand on se balade dehors, on enfonce bien les chapeaux sur la tête en priant pour ne pas les perdre, ou on s’attache les cheveux sous peine de ressembler à Méduse (l’animal piquant aussi bien que la figure de légende) après cinq minutes et de s’arracher le scalp au retour, en essayant en vain de défaire le nid de nœuds que vos belles ondulations soignées sont devenues.
 

Robin

 

Canon 450D, objectif Tamron 18-200. Réglages 1/80 f/6.3 ISO 400

 

Sur ma lancée, je vous présente aussi le petit oiseau qui nous a observés avec curiosité pendant toute la session photo sur le pont de la Maruia River : le South Island robin ! Pendant qu'on mitraillait à tout va, en grommelant et en changeant de réglages toutes les deux secondes, il s'est rapproché par petits bonds depuis les arbres au-dessus du pont puis sur la rambarde de ce dernier, jusqu'à se retrouver à cinquante centimètres de nous sans sourciller.
Quand je m'en suis rendu compte, j'ai eu le temps d'enlever le filtre polarisant (qui aurait rendu son plumage trop sombre) et de baisser les ISO en conséquence, mais je n'ai pas touché au reste des réglages (paramétrés pour la rivière !) de peur qu'il s'envole avant que je ne puisse le shooter. J'ai donc photographié au petit bonheur la chance, et suis bien tombée !… mais sachez que 1/80 c'est normalement beaucoup trop faible comme vitesse d'obturation pour avoir une photo nette d'un oiseau; il faut être dans les 1/200 parfois monter jusqu'à 1/1000… Là, j'ai eu de la chance, parce qu'il prenait littéralement la pose !

Après cela, il nous a suivis une partie du chemin, avant de vaquer à ses affaires et de nous laisser tomber sur un trio de fantails… mais ça ce sera pour une autre fois !

Maruia River

 

Canon 450D, objectif Tamron 18-200 et filtre polarisant, réglages 1/100, f/4.5 ISO 800

 

Cette rivière à l'eau bleu glacier se trouve en plein milieu de l'île sud, dans la Lewis Pass, une trouée au milieu des montagnes par laquelle passe l'autoroute qui relie Murchison à Christchurch. Elle signe le début d'une très belle randonnée de 4 à 5 heures qui conduit au lac Daniells, complètement perdu au milieu de forêts de fougères et des montagnes environnantes.

Ici, le défi était de parvenir à bien rendre la couleur de l'eau malgré les reflets sur la surface et la lumière basse. J'ai donc utilisé un filtre polarisant, une vitesse pas trop élevée mais assez pour pouvoir tenir l'appareil à la main sans effet de flou, et j'ai compensé la basse lumière avec une grande ouverture et des ISO élevés.

On se croirait plongé dans un conte de fées, non ?