« You shall be redeemed » (Isaiah 52:3)

 

It is only when watching Andrew Solomon’s TEDTalk 2014, « How the worst moments of our lives makes us who we are », then another one, « Depression, the secret we all share » that I heard testimonies from people who had had depression, telling about similar things than those I experienced when I was younger.
 
One of them, said M.Solomon, told him she was hearing a voice in her head, while trying to cover it by singing to herself the same song over and over. A voice that was telling her : « You are nothing. You are nobody. You don’t even deserve to live ». And she said that was when she really started thinking about killing herself.
 
It struck a chord. I kept watching. Listening to all theses testimonies, among them Solomon’s own, no less impressive than the others.
And something struck even deeper, when, once the talk ended, I revved back to precise moments, precise sentences, and watched them over again.
These were adults that had been through the worst moments of their lives, and they had to cling to life with all their might to get over it. They had to find support among their families, their friends, their spouses. They even went on medication for years. They needed, in short, all their strength, all the help they could get to survive.
It happened to them when they were adults, with relationships, support, means to fight.

A matter of life over death

 

A question I’ve never been asked, a question I’ve often asked to myself, a question I may truly find the answer to only on the day of my death, is: what made me reel back from the edge of suicide, and giving my own life another chance?
 
The peculiarity of all my suicidal attempts is this : every time I found myself only inches away from a death I’d planned carefully enough to know that once I’d go on, I would not be able to go back – every time I faced the certainty of my own death once I’d decide it, I stood on the ledge for a varying amount of time, and managed to talk myself out of it.
Some wouldn’t even call that a true suicidal attempt. For them, to attempt suicide, you have to flail yourself in such a situation, to fall so far beyond all self-help and control that you have no means whatsoever to reel back by yourself, should you want it, and have to be saved by someone else to survive.

Behind every scar is a story

Behind every scar is a story (Justine Musk)
 
Yes, and that’s why I write about it, however hard and bitter it may be, no matter how awkward and humbling it can be.
Writing is my daily catharsis, the only satisfying way I found to free myself from the emotional blows I got in the past, to heal them so that they would become scars, no more seeping wounds, to be able to see them from the outside, not only from the inside. The only way for me to put them out there so I could ultimately lay them to rest.
 
« It’s only when you find the strength – and a safe inner space — to process those experiences, and weave them into your daylight life narrative, that you gain any real power over them. You put stories to the scars. What kind of story you tell is up to you. You can’t change the past, and you can’t change the facts – but story is the stuff you put around the facts in order to relate them and charge them with meaning. »

Facing Nadav’s death

Pour les francophones, la traduction de ce post se trouve là : Affronter la mort de Nadav.

 

That post took an awful lot of time to get out of my system in a readable form, so that it fell way behind the deadline. But let it be Nadav’s third reminder, for the third anniversary of his death.

It originated all from a comment from Nadav's father on what I wrote in memory of his son for the second year (in Nadav's legacy).
I was surprised how strongly people reacted to my post, and he simply answered : "Very few people actually manage to look straight into their most painful feelings. Lots of them spend their lives to build avoidance strategies, and when they succeed doing it, they call it happiness. But nobody is truly fooled. And you come here and stuff in their face the fact you don't need to be a superhero to look life straight in the eye. And it turns them upside down."

So I logically thought about what most people fear and avoid the most in their lives : death.
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L’heure la plus sombre est celle qui vient juste avant l’aube

 
En 2006, je suis recalée pour la troisième et dernière fois à l’Ecole normale supérieure, alors que deux amis de promotion, que j’ai soutenus pendant l’année, sont admissibles. Un sera admis directement ; l’autre sera reçue au prédoctorat sur dossier tandis que mon propre dossier y est refusé.
En l’espace d’un jour, je vois s’effondrer tout ce sur quoi j’avais bâti mon avenir. J’ai donné quatre ans de ma vie pour intégrer cette école. Qui devait être mon sésame pour entrer dans l’intelligentsia littéraire française. Hier major de promotion, aujourd’hui je ne suis plus rien. Je ne peux même pas me présenter à l’agrégation de lettres, interdite aux sourds. Pour mes parents, je suis celle qui a raté sa vie. Pour le jury, je ne suis qu’un nom absent de la liste. Je ne suis qu’un énième élève de prépa qui rejoint la fac. L’ironie du jeu étant que, n’étant même pas sous-admissible, je dois passer tous les partiels de la troisième année de licence de lettres pour la valider, sous peine de devoir la redoubler. Partiels dont je ne connais les sujets ni d’Eve ni d’Adam. Un cursus d’une année que je dois assimiler en un mois et demi, et dont je n’ai ni les manuels ni les cours.

Eurydice

           "Ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont connu la mort de trop près et en sont revenus contiennent leur propre Eurydice : ils savent qu'il y a en eux quelque chose qui se rappelle trop bien la mort et qu'il vaut mieux ne pas la regarder en face. C'est que la mort, comme un terrier, comme une chambre aux rideaux fermés, comme la solitude, est à la fois horrible et tentante : on sent qu'on pourrait y être bien. Il suffirait qu'on se laisse aller pour rejoindre cette hibernation intérieure. Eurydice est si séduisante qu'on a tendance à oublier pourquoi il faut lui résister.
            Il le faut, pour cette unique raison que le trajet est le plus souvent un aller simple. Sinon, il ne le faudrait pas."
 
Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb
 
 

This is not who I am

To my parents, my siblings and my family first,

To all those who saw only the surface, and thought I was inhibited, blinkered, wild or mad, that I was living only for work and fame, or out of selfishness,
to all those who never truly knew who was standing in front of them – this is for you too.

 

This is not who I am. This is not what I want. I’m sorry, but you’ve mistaken me for somebody else.
 
You have been, you are still in denial. That, I know. I’ve known it for years, actually.
Still, I haven’t done anything about it yet. I hadn’t the strength to do it, until now.
I have always stayed hidden under a blank mask, by the physical distance between you and me, by my silence in front of your queries, under your eyes.
 
But I cannot do it anymore now.
Because if I go on as I did before, as I aways did despite my rebellions, it means I’m slowly killing my own self by stifling her with the self you decided she was.
I just cannot do that anymore. 
 

Editeur un jour…

 
Passer ma journée devant un ordinateur à rentrer du texte et des images, à tester des e-books mal configurés et en signaler tous les bugs un par un, ou rattraper les erreurs de traduction, de frappe et de design des développeurs (Non ce n’est pas du Times New Roman mais du Palatino… et NON on ne met pas d’espace AVANT les points de suspension !) m’emballe moyen, je l’avoue.
 
Mais mettez-moi dans une librairie, et j’irai de rayon en rayon, regardant les couvertures pour jauger leur design, soupesant et manipulant les livres pour savoir comment ils sont faits, les feuilletant pour observer la maquette intérieure, la 4e de couverture, la table des matières, tout.

« Mais ils ont appris l’anglais ! »

Une conversation animée s'élève soudain, puis retombe un peu. Etant à côté du testeur, je lui demande ce dont il s'agit.
"Ils ne comprennent pas pourquoi le client veut mettre de la langue des signes sur un ebook qui n'a pas d'audio, juste du texte."
Après un instant de pause, il me demande si je sais.
Les bras m'en tombent presque, quand je réalise à quel point ça leur paraît incompréhensible. J'explique, gentiment :
"Parce qu'il y a des gens qui ne connaissent pas l'anglais, tout simplement. Leur langue maternelle, c'est la langue des signes, et l'anglais pour eux est comme l'allemand pour vous : une langue étrangère qu'ils ont éventuellement apprise à l'école, mais qu'ils sont incapables de parler au quotidien."
Les bras lui en tombent à lui aussi, maintenant. Il dit "Mais… mais, ils ont été à l'école, ils ont appris l'anglais, les cours sont en anglais, on parle en anglais, ils ont lu et écrit en anglais !"

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L’héritage de Nadav

 
Ceci est la traduction du post précédent, Nadav's legacy, écrit en anglais. Un grand merci à Yaron Shavit, le père de Nadav, pour son aide durant la traduction.
 
 

Aujourd'hui est le deuxième anniversaire de la mort de Nadav, le 15 juillet 2010. Le moment idéal pour m'interrompre quelques minutes, et réfléchir aux souvenirs qu'il m'a laissés, par-delà son absence.

Chaque fois que je pense à Nadav, je retire des jours passés avec lui le sentiment fugace qu'était arrivé quelque chose d’important durant ces quelques mois, qu'il m'avait transmis sans s’en rendre compte. Nous ne savons jamais quelle impression nous donnons à ceux qui nous entourent, pas vrai ? Ce que nous leur donnons par notre simple présence. Eux-mêmes n’en savent rien non plus, à moins de faire l'effort conscient de délimiter l’espace que vous avez pris dans leur vie, l’effet que vous avez produit sur eux. C’est précisément ce que j’ai fait en tentant de mettre le doigt sur ce sentiment. J'ai dû creuser un peu dans ma mémoire, écartant les souvenirs les plus immédiats pour me concentrer sur les liens plus profonds et plus puissants qui me reliaient à Nadav et à sa famille.