2 – François Authier

François, sourd de naissance, a vu sa perte auditive s'aggraver brusquement vers la cophose, à l'oreille droite autour de 20 ans. Ayant des gens implantés dans son entourage proche, il a commencé à se poser la question de l'implantation, puis a assisté aux progrès exponentiels de son ami, Maxime, implanté un an plus tôt que lui, qui l'ont convaincu de franchir le pas. Il s'est donc fait implanter il y a bientôt un an, et ses propres résultats sont déjà impressionnants.


Voici son témoignage d'une décision raisonnée, pleinement assumée – et d'un succès complet :

 

1) Quelle est l'origine de votre surdité – connue ou supposée ?
 
Génétique (connexine 26)
Dépistée à 2 ans.
 
 
2) Quel est le degré de votre surdité ? Pouvez-vous nous donner la perte moyenne de chacune de vos oreilles en décibels ?
 
Surdité bilatérale évolutive
– à gauche : sévère – profonde 1er groupe, environ 90-100 dB, relativement stable
– à droite : sévère – profonde 1er groupe, environ 90-100 dB, puis vers 18-20 ans chute vers la cophose.
 
 
3) Quelles furent les conséquences de votre surdité sur votre vie sociale, et sur votre scolarité ?
 
Je ne me souviens pas avoir eu des difficultés à communiquer à l'oral avec ma famille.
Mais c’est parfois plus difficile avec vos amis, car certains l’oublient et il faut le leur rappeler de temps en temps.
Le plus difficile est avec les inconnus, car souvent ils ne sont pas sensibilisés à la surdité et ne savent pas comment communiquer avec un sourd.
 
J’ai toujours été en intégration sans codeur jusqu’au bac, puis avec codeur en études supérieures.
Faire des études supérieures n’a pas été un long fleuve tranquille. Il m’a fallu faire preuve de beaucoup de persévérance ! J’ai fini par obtenir des aménagements de scolarité : codeur LPC, soutien avec les profs, preneurs de notes, prof-tuteur.
J’ai facilement trouvé du travail, sachant que les cadres handicapés sont rares et recherchés.
J’ai appris à vivre de mieux en mieux ma surdité. Le plus difficile a été à l’école primaire et au collège. A partir du lycée et surtout en études supérieures, les camarades ont su de mieux en mieux s’adapter à moi et accepter la différence.
 
 
4) Comment avez-vous connu l'implant cochléaire, et qu'est-ce qui vous a conduit à en recevoir un ?
 
J’ai eu un à priori assez négatif de l’implant, car j’étais allé avec ma famille rendre visite au premier sourd implanté à Tours. Voir cette petite fille rasée et la tête « enturbannée » m’avait choqué, alors que je n’avais que 10-12 ans.
Puis vers 18-20 ans, j’ai eu des amis sourds implantés et rencontré Aurélie, ma fiancée, et sa sœur, Laetitia qui m’ont aidé à dépasser cette première mauvaise impression, car je les voyais tirer bénéfice de leur implant au quotidien. Je me souviens avoir été frappé par le fait qu’elles fêtent les anniversaires de leur implantation. A cette époque, je m’interrogeais déjà pour savoir si j’avais intérêt à me faire implanter, car j’avais eu une chute d’audition vers une surdité totale à l’oreille droite, à la même époque.
Le déclic a été mon ami Maxime, dont j’ai été un témoin très proche des progrès. Il était venu me voir à Lyon, à peine 15 jours après son implantation. Je l’ai ensuite vu évoluer au fur et à mesure que le temps passait. Je me souviens qu’il demandait souvent à un autre ami et à moi-même de l’aider à identifier tel ou tel bruit. Je l’accompagnais dans sa découverte du monde sonore. Mais assez rapidement j’ai été incapable de lui répondre, ce qui m’a bien évidemment interpellé. En à peine 1 mois, il percevait déjà des sons que je ne percevais pas, alors qu’à la base il est plus sourd que moi ! C’est ce déclic, obtenu grâce à lui, qui m’a encouragé à franchir le pas vers l’implantation.


5) A quelle date vous êtes-vous fait implanter ? Quels ont été vos sentiments avant et après l'opération : avez-vous songé à abandonner, avez-vous eu peur, étiez-vous confiant au contraire… ? Comment se sont passés les premiers jours après l'activation de votre implant ?
 
J’avais choisi de me faire implanter aussitôt mes études finies. Après le jury le 3 septembre, je suis parti le lendemain à Paris, pour me faire implanter le 11 septembre 2009 à l’hôpital Beaujon, à Clichy (92), par le professeur Bernard Meyer.
Etant donné que mon choix de me faire implanter était le fruit de beaucoup d’années de réflexion (5-7 ans !) et que j’ai une copine et belle-sœur implantées et beaucoup d’amis implantés, ma « peur » avant l’opération n’était pas irrationnelle mais maîtrisée. Je savais en quoi je m’engageais, j’avais fait la part des choses entre les risques minimes et les bénéfices que je pouvais espérer avoir, etc. De plus, grâce à mon entourage, j’ai pu obtenir une date d’opération assez rapprochée : j’ai rencontré le chirurgien en juillet pour me faire implanter en septembre. Ainsi je n’ai pas eu trop de temps pour me repasser en boucle le film et mes interrogations sur la façon dont allait se passer l’opération.
 
L’opération s’est très bien passée, j’ai été bien mis en condition, le chirurgien m’a opéré en moins de temps que prévu (de 15h30 à 18h), il a téléphoné à ma belle-mère aussitôt l’opération finie pour rassurer ma famille, le réveil s’est fait sans trop de mal (de 18h à 20h), et j’ai pu parler avec Aurélie aussitôt réveillé (vers 20h30).
Je suis resté pendant un mois à Paris, pour pouvoir faire avancer les réglages au plus vite (2 fois par semaine pendant un mois). Puis je suis rentré à Lyon avec un premier réglage. Au début je portais l’implant par courts moments pour m’y habituer. J’ai commencé à porter l’implant constamment toute la journée environ 1 mois et demi après l’opération (début novembre).
Je suis passé par toutes les sensations : d’abord j’étais complètement déboussolé et je trouvais des sons désagréables. J’ai progressivement pris du plaisir à entendre.
 
 
6) Avez vous suivi une rééducation particulière après l'opération ? De quel type, et avec quel spécialiste ? Fut-ce difficile ?
 
Les progrès sont impressionnants, mais le travail est loin d’être fini ! Je vais chez l’orthophoniste, Mme Girard-Monneron, pour le travail sur la reconnaissance des sons, quasiment toutes les semaines. De plus, de temps en temps (environ tous les 3-6 mois), je vais chez la phoniatre (Claude Fugain à Beaujon) pour faire les réglages.
 
 
7) Quelles sont les améliorations que l'implant cochléaire a apporté à votre vie quotidienne, votre travail et vos relations sociales, selon vous ?
 
Je me souviens qu’au fur et à mesure que je perdais l’audition à l’oreille droite, j’avais de plus en plus de mal à rester intégré, tant il était de plus en plus difficile de participer aux discussions.
Déjà, l’implant m’a permis de retrouver ce confort. Etant en quelque sorte une « super-prothèse », il me permet de mieux percevoir et distinguer les différents sons. Alors que j’étais auparavant totalement dépendant de la lecture labiale, je peux comprendre des mots voire des phrases sans lecture labiale, qu’importe que ce soit avec la famille, des collègues, ou des proches.
Par conséquent, je peux suivre plus facilement les réunions, même si je ne peux pas toujours voir les lèvres des interlocuteurs (pourvu qu’il n’y ait pas trop de bruits environnants !). Et je fais beaucoup moins répéter qu’avant.
 
 
8 ) Avec le recul, pensez-vous avoir pris la bonne décision aujourd'hui ?
 
Oui, je ne regrette pas d’avoir fait le choix de l’implant, car j’en retire déjà des bénéfices !
 
 
9) Beaucoup de sourds refusent de se faire implanter car pour eux la surdité est moins un handicap qu'une communauté, une culture qu'ils pensent menacée par l'implant. Avez-vous assisté à des réactions de ce genre dans votre entourage ? Quelle est votre position vis-à-vis de cela ?
 
Très souvent, les personnes, qui sont contre l’implant, en ont une peur irrationnelle. Elles énumèrent tous les désagréments que nous pourrions avoir avec l’implant, comme par exemple ça nous empêcherait de faire du sport, de traverser des tunnels, ça pourrait nous faire mal dans le métro, etc.
 
J’ai déjà assisté à des réactions de ce genre dans mon entourage. Ma position vis-à-vis de cela est que ces propos sont surtout basés sur des peurs irrationnelles, et que ceux qui les tiennent sont souvent des personnes qui sont repliées sur elles-mêmes, qui ne recherchent que leurs semblables, en mettant en avant leur point commun : la « culture sourde », la LSF, etc.
Nous aurons – tous – à y gagner à nous rencontrer plus souvent, pour faire tomber les préjugés que nous pouvons avoir entre sourds de tout bord…

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