1 – Eva Risch

Eva, actuellement ingénieur en recherche environnementale à Montpellier, est devenue totalement sourde sans transition à deux ans et demi, et a reçu son implant cochléaire à dix ans. Cela lui a permis de retrouver un très bon niveau d'audition, et de devenir bilingue anglais / français.

Voici son témoignage d'une belle régénération auditive après sept ans de silence :

 
1) Quelle est l'origine de votre surdité – connue ou supposée ?
 
Méningite virale Haemophilus influenzae, contractée à l'âge de 2 ans 1/2. 


2) Quel est le degré de votre surdité ? Pouvez-vous nous donner la perte moyenne de chacune de vos oreilles en décibels ?

Surdité bilatérale totale de groupe 3 – cophose.

3) Quelles furent les conséquences de votre surdité sur votre vie sociale, et sur votre scolarité ?

 
Ah ah, c'est difficile d'évaluer les réelles conséquences car ayant quasiment toujours vécu avec ma surdité, j'ai du mal à imaginer ce qui aurait pu être ma vie "avec des oreilles". Anyway, les conséquences que l'on peut supposer sont: un bon "Friend Finder", car les gens avec qui j'ai le plus d'affinités sont les personnes qui voient au delà du handicap, la personne que je suis; et sont en général des personnes assez curieuses et ouvertes d'esprit. Sur le plan de la scolarité, que j'ai faite en intégration avec codeurs LPC et suivi orthophonique par CODALI (à Paris), je pense avoir eu toutes les chances de mon côté pour réussir mon cursus scolaire sans souci, de la maternelle au lycée.
 

4) Comment avez-vous connu l'implant cochléaire, et qu'est-ce qui vous a conduit à en recevoir un ?

Mes parents et moi avons été informés des dernières avancées technologiques dans le domaine de l'IC par le Dr Denise BUSQUET, à CODALI. J'avais 10 ans à l'époque, et envie de "ré-entendre", pour surtout mieux comprendre les personnes avec qui je ne codais pas en LPC. A l'époque (1994), je n'avais pas eu d'appréhension par rapport à l'opération, et je ne connaissais pas beaucoup de personnes de mon âge implantées, mais j'étais plus que motivée pour faire le grand saut !
 

5) A quelle date vous êtes-vous fait implanter ? Quels ont été vos sentiments avant et après l'opération ? Comment se sont passés les premiers jours après l'activation de votre implant ?

Implantation à l'été 1994. Je me souviens avoir eu de l'appréhension quand on m'a rasé la moitié du crâne.. je m'étais dit: "pourvu qu'ils ne se trompent pas de côté!!" car je ne voulais pas finir avec une boule à zéro.. comme c'était arrivé pour un patient juste avant moi.
A peine rentrée chez moi après l'activation qui a eu lieu à Paris, je fonce aux WC.. et là je crois entendre quelqu'un me parler "Gligligli glu".. En fait c'était la porcelaine des waters qui rigolait! C'était la période des premiers moments déroutants dans l'Océan de sons, mixture assez primaire, dans laquelle je cherchais des références. Puis graduellement, je me suis fait une réappropriation des sons et je peux vous dire que plus jamais je ne pense pouvoir me méprendre avec une cuvette de WC !!


6) Avez vous suivi une rééducation particulière après l'opération ? Fut-ce difficile ?

Orthophonie à CODALI avec Blandine, Stéphanie; premiers réglages à Trousseau avec le Pr E. Garabedian et le Dr Busquet. Puis suivi des réglages avec E. Bizaguet mon audioprothésiste. Pas de difficultés particulières, il fallait laisser faire le travail de remodelage du cerveau, qui s'imprégnait chaque jour un peu plus, tirant parti des stimulations variées du quotidien. Mes progrès furent assez lents mais étaient là, incontestablement. J'étais totalement époustouflée à mon premier passage en liste ouverte, où je pouvais "interpréter" enfin correctement la succession de sons qui formaient LE MOT. Puis de plus en plus fréquemment, des mots qui arrivent "tout crus" bien interprétés par ma nouvelle oreille, ce qui m'émerveillait encore un peu plus… un pas de plus vers l'écoute "naturelle" était fait!

7) Quelles sont les améliorations que l'implant cochléaire a apporté à votre vie quotidienne, votre travail et vos relations sociales, selon vous ?


Changement radical de qualité de vie après 7.5 ans passés dans le silence complet avec juste la lecture labiale et le LPC pour comprendre, je m'entendais parler, entendais les voix des autres.. fini le temps où il fallait me donner une petite tape sur l'épaule pour me dire de regarder dans la bonne direction.

 Grâce à l'implant (activé juste avant mon entrée au Collège), j'ai pu améliorer mon intelligibilité et ma compréhension vis à vis des autres, et gérer le challenge des années prépa et Ecole (ENSCPB); en effet, c'était la première fois que je me retrouvais à m'organiser toute seule pour récupérer et reconstituer le contenu des cours, ce qui demande un certain sens de l'organisation. A ce moment-là, je me suis rendue compte qu'il fallait faire preuve de beaucoup plus de punch et d'énergie que l'étudiant moyen, pour s'accrocher.
Et c'est incontestablement avec l'aide de l'implant que j'ai pu relever un autre de mes challenges : partir en stage longue durée (6+ mois) dans un pays anglophone et m'immerger le plus "complètement" possible, ce que j'ai pu faire à deux reprises au cours de mes années d'Ecole – USA et Australie dernièrement (Canberra rocks!!).
Et en fait, en me retrouvant à l'étranger, je ne me sentais pas tellement plus en difficulté qu'en restant en France, où bien que l'essentiel des conversations se fasse dans ma langue maternelle, le français, il ne soit pas rare que j'aie du mal à suivre.. Tout dépend des personnes avec qui je discute, en fait. Certaines ont assez d'attention pour t'aider à accrocher à la discussion, ce qui fait toute la différence.. et certaines n'en ont rien à faire, tout simplement ah ah. J'ai remarqué que lors de mes séjours "overseas", je vivais mieux ma surdité au milieu des anglophones, car je leur disais au tout premier abord que j'étais malentendante.. et en plus Française, et donc qu'ils ne se gênent pas de me faire répéter, car j'allais les faire répéter un p'tit peu aussi. Et figurez-vous que l'accueil n'en était que meilleur, l'accent Frenchie est "so cute" à ce qu'il paraît, ah ah.

Si aujourd'hui, mon implant venait à tomber en panne, je me retrouverais carrément en insuffisance, ayant tellement pris l'habitude de me reposer dessus. A chaque moment "important" où je sais que j'ai besoin de mes oreilles et de toute mon attention, je n'hésite pas à virer les piles auditives déjà utilisées pour des bien fraîches, pour être sûre d'être à 100% dans le coup ah ah. L'implant m'a aussi redonné une confiance inestimable, ce qui m'aide plutôt pas mal dans mes relations sociales.

 

8 ) Avec le recul, pensez-vous avoir pris la bonne décision aujourd'hui ?
 
OUI, sans l'ombre d'un doute.


9) Beaucoup de sourds refusent de se faire implanter car pour eux la surdité est moins un handicap qu'une communauté, une culture qu'ils pensent menacée par l'implant. Avez-vous assisté à des réactions de ce genre dans votre entourage ? Quelle est votre position vis-à-vis de cela ?

La semaine où j'ai été opérée à l'Hôpital Trousseau, il y avait une manifestation de sourds contre les implants cochléaires, qui fut assez violente. Ils arrachaient les implants externes de certains porteurs et diabolisaient l'implant cochléaire comme étant une "araignée dans la tête". J'avais trouvé cela assez grotesque..
Je ne comprends pas en quoi l'implant cochléaire peut être différent d'une prothèse auditive classique, la fonction reste la même, "aider à entendre". Il ne s'agit pas de gommer le handicap, ce n'est pas possible, il s'agit plutôt de mieux vivre "avec", mieux "naviguer" dans la société d'aujourd'hui, où le son a une place assez conséquente. Il est possible de se débrouiller sans l'oreille, mais c'est perdre une dimension – que je juge importante – et cela se fait au prix d'efforts considérables.. d'adaptation dans les deux sens.

Pourquoi rester en communauté "fermée" parce qu'on a une différence (sans jugement de valeur), différence qui devient une richesse lorsqu'on se mêle aux autres?
Pour finir, une petite citation de Saint Exupéry qui résume bien ma position:
"Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente" (Lettre à un otage)

 

Une réflexion au sujet de « 1 – Eva Risch »

  1. Bonjour
    Je souhaiterai entrer en contact avec Eva Risch.Pourriez vous me donner son contact 
    Je vous remercie
    Joelle Garraud 
     

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