Northern Warmblood Stud

 

 

7H30. Le réveil vibre, et commence la journée au Northern Warmblood Stud, le haras de chevaux pur-sang où je travaille pendant deux semaines, à Kyabram, petit bourg perdu dans la campagne du Victoria.
Ma première tâche, en cet été austral qui frôle régulièrement les 40°C, est d’aller mettre en place et d’activer les tourniquets d’arrosage dans le « lunging paddock », le manège où on longe les chevaux, et le « yard », celui où on les monte. Puis je reviens prendre mon petit-déjeuner dans la main house, où Jan, la propriétaire du haras, me donne la liste des chevaux à longer, à nourrir, et autres consignes de travail. Après, la journée est lancée.
 
Je commence toujours par harnacher et longer les chevaux – en général les trois juments dont je m’occupe chaque jour, Astor, Florinda et Vanquisher – pour les faire travailler avant la grosse chaleur de midi. Ce qui veut dire aller les chercher au pré et les ramener dans leur box, avant de les panser, de les seller et de les brider, pour enfin les emmener au manège et les longer pendant trois quarts d’heure.
La longe est un exercice assez simple en soi, destiné à habituer les chevaux à obéir à la voix et au ton autant qu’aux indications de mains et de rênes. Il faut faire passer les trois allures au cheval – pas, trot, galop – dans chaque sens de marche, d’abord sans martingale, puis avec la martingale lâche, et enfin avec la martingale resserrée. Trois fois le même exercice dans les deux sens donc, tout cela en maîtrisant le cheval simplement avec la voix et la chambrière. J’avoue qu’au premier abord cela avait l’air assez impressionnant de se retrouver aux côtés d’un pur-sang lancé au galop, sans aucune protection entre lui et l’humain qui le mène. Mais, une fois que le cheval vous connaît, il apprend vite à vous respecter s’il est bien dressé – ce qui était le cas, heureusement ! – et soi-même, on apprend à repérer ce qui lui fait peur ou le rassure, et à mieux connaître son caractère. Si bien qu’après un certain temps, l’exercice semble aller de soi, le cheval réagissant sur-le-champ à votre intonation et vous-même attentif à chaque variation de son attitude, prêt à modifier l’exercice en fonction de son humeur.
Une fois longé, j’amène enfin le cheval à son cavalier attitré qui doit le monter et le faire travailler à son tour pendant une demi-heure, pendant que je prépare le cheval suivant – et parfois desselle et douche un cheval qui a fini de travailler.
 
Le temps aidant, j’apprends vite à connaître mes chevaux. Astor, la plus sanguine, tente toujours de partir au triple galop sitôt rentrée dans le manège, sans me laisser lui mettre la longe. Mais une fois en main et son trop-plein de vitalité évacué, elle réagit si bien à la voix qu’un seul changement de ton suffit à lui faire modifier l’allure. Florinda, très réceptive, qui n’aime pas le sanglage de la selle, et regimbe toujours quand on lui demande d’élargir le cercle, car elle réfère rester proche de son meneur, ou part au quart de tour lorsqu’un bruit étranger la perturbe dans sa concentration. Mais une pression sur la longe réussit toujours à la calmer, et on sent toujours sa tête gentiment se poser sur votre dos lorsqu’on la harnache. Et Vanquisher, la plus trouillue malgré son nom, est aussi la plus intelligente, à pousser la porte de son box d’un coup de tête dès qu’on néglige de la fermer, ou à s’arrêter sur un simple claquement de langue, en baissant la tête d’elle-même pour faciliter le réglage de la martingale.
Autant de chevaux, autant de personnalités complexes, aussi humaines qu’animales.
 
En outre de la longe, je nourris aussi les poulinières au pré et leurs poulains, deux fois par jour. Le nombre de parts de foin et de rations de grains étant différent entre le grand pré qui héberge une demi-douzaine de juments et autant de poulains, et le petit qui isole une mère de nouveau enceinte, et ses deux poulains jumeaux, et sujet à variations selon les jours et le temps, il ne s’agirait pas de se tromper… Ni de se faire jeter par terre par les juments affamées qui vous courent au train ou vous encerclent lorsque vous arrivez avec votre brouette remplie à ras bord de foin, pour plonger la tête dedans dès que vous vous arrêtez pour aller disperser les bottes de foin dans le pré. Sans compter la forte tête du lot, qui n’hésite pas à botter ou mordre ceux qui osent tenter de grapiller dans le tas qu’elle s’est arrogé.
Mais, au fil du temps, vous vous habituez vite à déjouer leurs petites finasseries pour garder votre brouette intacte jusqu’à atteindre le fond du pré, et bientôt les juments vous laissent leur flatter l’encolure et les pousser gentiment pour vous laisser la place sans trop regimber, tandis que les poulains consentent à se laisser approcher quelques minutes, et à venir manger dans votre main.
 
 
La première session de travail s’étale donc sur toute la matinée jusqu’aux alentours de 11H, où humains comme animaux se réfugient dans les bâtiments à l’ombre pour laisser passer les heures les plus chaudes, avant de ressurgir peu à peu après 16H, pour la deuxième session, qui peut s’étaler jusqu’à 19H30. Laquelle est principalement consacrée à nourrir les chevaux et les remmener au pré pour la nuit en ce qui me concerne, et à monter de nouveau pour les cavaliers, surtout lorsqu’il y a eu une session de free jumping le matin même.
Ce temps libre se passe principalement à préparer et dévorer le déjeuner, dans la maison attitrée des helpers qui se trouve derrière les écuries, et à chercher votre respiration, collé au ventilateur en faisant de vagues moulinets de la main pour chasser les mouches qui viennent chercher de l’humidité sur votre peau. Tout cela en regardant la télé, pour la plupart des gens. Ou, si vous êtes braves, en lisant un livre aux pages moites, ou en surfant sur Internet pour mettre à jour vos mails et votre blog. Il arrive souvent aussi que chacun se retire dans sa chambre pour faire une petite sieste, et reprendre des forces avant de retourner au travail.
 
Une fois la deuxième session de travail terminée, lorsque tous les chevaux sont de nouveau au pré, bien emmitouflés dans leur couverture, c’est la ruée générale vers les douches ! Chacun s’y débarrasse de la poussière et de la sueur accumulées durant la journée pour en émerger frais et (presque) dispos, prêt à profiter de son temps en attendant le dîner, pris à 20H30 dans la main house avec Peter et Jan, nos hôtes. Qui se compose invariablement de VIANDE et de PATATES, assaissonnées de mille façons différentes et accompagnées de quelques légumes et d’un dessert. De quoi lester tous les estomacs, du plus petit au plus grand !
Et la journée se termine sur le retour des helpers dans leur maison, à la lueur de la lampe-torche via les écuries désertes sous la voûte étoilée de l’hémisphère sud, et au mépris des moustiques… Tout cela pour un dernier thé bien chaud avant mon retour à la mainhouse (où j’ai une chambre à côté de celle de Peter et Jan, la helper house étant complète) et une nuit de sommeil bien méritée !
 
Je quitterai le Northern Warmblood Stud presque à regret… N’était l’attrait de la Tasmanie, je serais bien restée plus longtemps, aux côtés des chevaux !

5 réflexions au sujet de « Northern Warmblood Stud »

  1. Oh…… que d'émotions… Nous avons travaillé avec Peter et Jan pendant 3 mois et avons mis au monde Figaro, Brigit, Florian et Baron en 2009, tu les as vu ?
    C'est chouette d'avoir des news de helpers qui y bossent :)

  2. Je ne sais pas; j'allais nourrir toutes les poulinières et leurs poulains chaque jour mais je ne connaissais pas les noms des poulains. Je ne savais pas non plus où étaient les yearlings puisqu'on ne leur donne plus de foin à ce moment-là. Il y avait juste deux poulains jumeaux très jeunes isolés avec leur mère dans un pré, et trois ou quatre autres poulains dans le grand pré derrière la mare. Mais l'un de ceux-ci avait déjà quasiment la stature d'un yearling. Peut-être que c'était l'un de ces quatre-là… Vous y étiez à quel moment de l'année 2009 ?

  3. C'est très sympa de vous lire, je vais chez Peter et Jane en février, mon premier job en Australie.
    Je suis fille d'agriculteur, je monte à cheval et je suis déjà fan de travailler là-bas!
    Peut-on monter à cheval régulièrement avec un niveau normal enfin correct?
    Merci d'avance et je vous ferai suivre les nouveautés de la ferme lorsque j'y serai!
    Solenne

  4. Je pense qu’il faudra que tu voies par toi-meme avec Jan, car ce sont des chevaux pur-sang avec la taille et la nervosite que cela implique… toute la question est de savoir gerer leur temperament ! Je pense que monter les chevaux les plus calmes comme Bettina ou Florinda devrait aller; en revanche les juments plus trouillardes ou plus jeunes peuvent poser probleme. A toi de discuter avec Jan :) de toute facon elle te regardera monter au debut et vous pourrez negocier ensemble tranquillement.
    Et, oui, ce serait cool si tu pouvais nous tenir au jus des nouvelles ! :)

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