Karrakatta Cemetery

 

 

En regardant les photos que j'avais prises le 17 juillet dans le cimetière de Karrakatta, celle-ci m'a singulièrement frappé. 
Pas seulement à cause de l'étrange coïncidence que recèle maintenant cette balade, mais parce que l'image de ce jeune arbre, né au milieu du cimetière, et utilisant la terre enrichie par les morts pour grandir, m'a logiquement rappelé Nadav d'abord, puis l'ancienne citation de Saint-John Perse que j'avais lue dans le texte il y a maintenant cinq ans :


« Ne crains pas », dit l’Histoire, levant un jour son masque de violence – et de sa main levée elle fait ce geste conciliant de la Divinité asiatique au plus fort de sa danse destructrice. « Ne crains pas, ni ne doute – car le doute est stérile et la crainte est servile. Écoute plutôt ce battement rythmique que ma main haute imprime, novatrice, à la grande phrase humaine en voie toujours de création. Il n’est pas vrai que la vie puisse se renier elle-même. Il n’est rien de vivant qui de néant procède, ni de néant s’éprenne. Mais rien non plus ne garde forme ni mesure, sous l’incessant afflux de l’Être. La tragédie n’est pas dans la métamorphose elle-même. »


Saint-John Perse, Discours de Stockholm

Je ne prétends pas avoir les réponses toutes faites aux grandes questions de la vie – je ne fais que chercher les miennes. Je sais seulement que Nadav ne peut qu'être en paix là où il est maintenant – maintenant qu'est terminé son combat.
Ce n'est pas sa mort qui est douloureuse en soi, mais l'immense rupture, définitive, qu'elle crée entre lui et nous.

Je ne pleure pas tant la mort de Nadav, que l'incommensurable gouffre que laisse son absence.
Savoir que son adieu fut paisible m'aidait à accepter cet état de fait, et voir cet arbre émerger d'entre les tombes à Karrakatta m'a rappelé ce que dit Saint-John Perse : rien de ce qui est vivant ne retourne au néant; il se transforme seulement, pour vivre, et donner la vie, sous une autre forme.
Cela signifie donc que Nadav est, en quelque sorte, toujours là, même si sa présence nous échappe désormais.

Cela ne veut pas dire que son absence en est diminuée; mais son poids en est un peu moins écrasant. En tout cas, il me restera toujours la mémoire de ces quatre mois et demi passés avec lui, où il y reste vivant.

 

 

« Faites qu’un soir il nous souvienne de tout cela de fier et de réel qui se consumait là, et nous fut de mer, et qui nous fut d’ailleurs, parmi toutes choses illicites et celles qui passent l’entendement… »

Saint-John Perse, Amers


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