Un si long chemin /3

Et le résultat du dépistage est revenu négatif.
Je vous laisse imaginer le soulagement qui nous a submergés, loin au-delà des mots et des actes.
Et qui nous a rendus encore plus attentifs à reconnaître et apprécier la chance qu’on avait.
Mais aussi à apprécier encore plus le fait qu’aucun de nous deux n’avait tenté d’imposer son choix à l’autre et avait toujours fait l’effort d’écouter son point de vue, d’y répondre avec honnêteté et de ne jamais mettre notre couple dans la balance.
On s’est chacun dit à part soi qu’on avait tout de même une chance de fou de s’être choisis et d’avoir voulu faire un enfant ensemble et avec personne d’autre.


On a donc continué notre cheminement vers la fin de la grossesse et la parentalité, dans un mélange d’incrédulité, de reconnaissance et d’appréhension à l’idée d’un nouvel imprévu.
Pas après pas, jour après jour, palier après palier ; on a commencé à se projeter de nouveau.
A se dire qu’on allait vraiment devenir parents, sans tout à fait le réaliser.
A tout faire pour s’y préparer au mieux et naviguer aussi bien que possible dans cette nouvelle dimension.


Et on croyait avoir passé le cap de ce moment de suspens ; avoir réussi à le mettre de côté et à nous projeter plus sereinement dans un avenir de parents.
Jusqu’au jour où après avoir annoncé à un ami que c’était 7e mois de grossesse, le futur père en a pleuré de joie.
Jusqu’au jour où c’est moi qui ai pleuré de joie en réalisant qu’on avait dépassé la 32e semaine de grossesse, soit le stade de grande prématurité.
Preuve que la PMA et le dépistage d’ADN avaient laissé une trace plus profonde qu’on ne croyait, et qu’il nous a fallu quelques mois pour s’en remettre vraiment.
Alors même qu’on le sait, on a été plus que chanceux.

Ceux qui ne doivent pas passer par là ont souvent du mal à comprendre le poids et le déchaînement émotionnel que peuvent créer ces parcours et ces choix. C’est dire à quel point le fait d’avoir, ou de tenter d’avoir, un enfant relève de plusieurs enjeux intimes qu’on peut à peine identifier soi-même ; et parvenir à le formuler à quelqu’un d’extérieur est encore plus difficile.
D’où le silence qui règne souvent sur ces sujets ; l’incompréhension qui peut parfois poindre sur le visage ou dans la voix d’un proche qui peine à s’imaginer notre situation.
Et pourtant, tous ceux qui en passent par là le reconnaissent : ce poids émotionnel est tout sauf une illusion.
Arriver à le porter sans dégâts, pour un couple, est tout sauf évident.
Cela a été encore une chance pour nous d’y arriver, au-delà du dénouement favorable qu’on a vécu.


Et maintenant, on n’attend plus que d’entrer dans la parentalité.
On s’y attend, on le sait très bien, que ce sera difficile, qu’on sera crevés, que ça nous gonflera totalement, qu’on aura envie de rendre ce bébé au service après-vente de l’univers, qu’on ne sera jamais vraiment prêts à cela car cela ébranlera tous les fondements de notre existence,
et en même temps on pressent aussi que ce sera fantastique et que pour rien au monde on ne voudrait manquer cette chance d’être responsable de ce tout petit être et de le voir grandir.


Alors mon tout petit, qui que tu te révèles être, quels que soient ton caractère et la relation que tu auras avec nous, avec ses hauts et ses bas,
ce qui est certain c’est qu’on aura été te chercher loin, aussi loin qu’on a pu, au fond de notre chair et de notre esprit,
c’est qu’on t’aura voulu en toute conscience et qu’on aura fait tout notre possible pour se préparer à être parents tout autant qu’adultes, pour le reste de notre vie
Et à quelques jours du terme, il ne nous reste plus qu’à être là le jour où tu choisiras d’ouvrir les yeux.

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