Requiem aeternam dona eo

Ce n’est pas mon deuil ; ce n’est pas ma douleur. Mais je la partage, parce qu’elle touche des proches.
Ce n’est jamais que la quatrième fois que ça m’arrive, de voir un drame surgir à côté de moi. À chaque fois, je n’ai pas d’autre lien qu’affectif avec les personnes touchées ; à chaque fois je m’en sens partie prenante malgré tout ; et le choc s’il est moindre n’en est pas moins réel.
Une fois c’était une personne seule ; la seconde c’était des parents ; les deux dernières fois c’est d’un enfant qu’il s’agit…
Il existe peu d’événements plus terribles dans la vie d’un parent que de faire le deuil de quelqu’un qu’ils ont désiré, qu’ils ont aimé assez pour lui donner la vie et leur temps, qui devait leur survivre, enfin.
Souvent, au cœur de la souffrance d’autrui, on peut encore faire, dire, espérer quelque chose. Ne serait-ce qu’avoir conscience que notre présence peut aider, et être là, même si on n’en mesure pas l’effet.
Parfois, il ne reste plus rien d’autre que l’impuissance.
 
 
Et c’est cela le plus terrible à subir, au fond. Ce n’est pas la mort, ce n’est pas la douleur, puisqu’on sait qu’elle ne nous touche pas directement, qu’elle n’a pas de commune mesure avec celle des parents. C’est de voir un gouffre s’ouvrir sous les pieds d’un proche, le voir tomber dedans ; c’est vouloir l’aider de toute son âme, et savoir dans le même instant qu’on ne le peut pas. Que personne ne le peut ; qu’il doit traverser cela seul. Que ça le brise en mille morceaux et qu’il ne sait pas s’il parviendra à recoller les morceaux un jour.
Et cela ne nous laisse que plus démuni devant sa souffrance et la nôtre.
 
Il ne reste qu’à accepter cette faille béante ouverte dans notre quotidien ; à la regarder en face ; à laisser la douleur nous traverser ; et à prendre une nouvelle fois conscience que vivre est un privilège qui nous est donné par la grâce du destin, et que nous prenons trop souvent pour acquis.
 
Alors vivez ; et donnez du sens à votre vie. La grâce de la mort est de nous rappeler l’importance de notre existence, si humble soit-elle.
Une vie peut changer le monde ; un jour de ce monde peut changer une vie. 
 

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