L’heure la plus sombre est celle qui vient juste avant l’aube

 
En 2006, je suis recalée pour la troisième et dernière fois à l’Ecole normale supérieure, alors que deux amis de promotion, que j’ai soutenus pendant l’année, sont admissibles. Un sera admis directement ; l’autre sera reçue au prédoctorat sur dossier tandis que mon propre dossier y est refusé.
En l’espace d’un jour, je vois s’effondrer tout ce sur quoi j’avais bâti mon avenir. J’ai donné quatre ans de ma vie pour intégrer cette école. Qui devait être mon sésame pour entrer dans l’intelligentsia littéraire française. Hier major de promotion, aujourd’hui je ne suis plus rien. Je ne peux même pas me présenter à l’agrégation de lettres, interdite aux sourds. Pour mes parents, je suis celle qui a raté sa vie. Pour le jury, je ne suis qu’un nom absent de la liste. Je ne suis qu’un énième élève de prépa qui rejoint la fac. L’ironie du jeu étant que, n’étant même pas sous-admissible, je dois passer tous les partiels de la troisième année de licence de lettres pour la valider, sous peine de devoir la redoubler. Partiels dont je ne connais les sujets ni d’Eve ni d’Adam. Un cursus d’une année que je dois assimiler en un mois et demi, et dont je n’ai ni les manuels ni les cours.