Editeur un jour…

 
Passer ma journée devant un ordinateur à rentrer du texte et des images, à tester des e-books mal configurés et en signaler tous les bugs un par un, ou rattraper les erreurs de traduction, de frappe et de design des développeurs (Non ce n’est pas du Times New Roman mais du Palatino… et NON on ne met pas d’espace AVANT les points de suspension !) m’emballe moyen, je l’avoue.
 
Mais mettez-moi dans une librairie, et j’irai de rayon en rayon, regardant les couvertures pour jauger leur design, soupesant et manipulant les livres pour savoir comment ils sont faits, les feuilletant pour observer la maquette intérieure, la 4e de couverture, la table des matières, tout.

« Mais ils ont appris l’anglais ! »

Une conversation animée s'élève soudain, puis retombe un peu. Etant à côté du testeur, je lui demande ce dont il s'agit.
"Ils ne comprennent pas pourquoi le client veut mettre de la langue des signes sur un ebook qui n'a pas d'audio, juste du texte."
Après un instant de pause, il me demande si je sais.
Les bras m'en tombent presque, quand je réalise à quel point ça leur paraît incompréhensible. J'explique, gentiment :
"Parce qu'il y a des gens qui ne connaissent pas l'anglais, tout simplement. Leur langue maternelle, c'est la langue des signes, et l'anglais pour eux est comme l'allemand pour vous : une langue étrangère qu'ils ont éventuellement apprise à l'école, mais qu'ils sont incapables de parler au quotidien."
Les bras lui en tombent à lui aussi, maintenant. Il dit "Mais… mais, ils ont été à l'école, ils ont appris l'anglais, les cours sont en anglais, on parle en anglais, ils ont lu et écrit en anglais !"

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L’héritage de Nadav

 
Ceci est la traduction du post précédent, Nadav's legacy, écrit en anglais. Un grand merci à Yaron Shavit, le père de Nadav, pour son aide durant la traduction.
 
 

Aujourd'hui est le deuxième anniversaire de la mort de Nadav, le 15 juillet 2010. Le moment idéal pour m'interrompre quelques minutes, et réfléchir aux souvenirs qu'il m'a laissés, par-delà son absence.

Chaque fois que je pense à Nadav, je retire des jours passés avec lui le sentiment fugace qu'était arrivé quelque chose d’important durant ces quelques mois, qu'il m'avait transmis sans s’en rendre compte. Nous ne savons jamais quelle impression nous donnons à ceux qui nous entourent, pas vrai ? Ce que nous leur donnons par notre simple présence. Eux-mêmes n’en savent rien non plus, à moins de faire l'effort conscient de délimiter l’espace que vous avez pris dans leur vie, l’effet que vous avez produit sur eux. C’est précisément ce que j’ai fait en tentant de mettre le doigt sur ce sentiment. J'ai dû creuser un peu dans ma mémoire, écartant les souvenirs les plus immédiats pour me concentrer sur les liens plus profonds et plus puissants qui me reliaient à Nadav et à sa famille.
 
 

Nadav’s legacy

Pour les francophones, la traduction de ce post faite avec l'aide de Yaron Shavit, le père de Nadav, se trouve là : L'héritage de Nadav.

 

Today's the second anniversary of Nadav's death, on 15th July, 2010. Quite a good time to stop for a few minutes, and reflect on the memories he ultimately left to me, beyond his absence.

Every time I'm thinking about Nadav, what I recall through the days spent with him is the elusive feeling that something important had happened during these months, that he had passed on to me, in complete unawareness. You never know exactly how you impress others around you, right ? What you truly give them by your simple presence. Well, the people around you don't know either, unless they consciously try to delineate the space you've taken in their life, and what it generated in themselves. That was exactly what I did when I tried to put my finger on this. I had to dig up a bit in my memories, to get the obvious out of the way, and focus on the deeper, stronger lines that ran through the relationship I had with Nadav and his family.

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