Foley’s Creek

 

Le voyage depuis Christchurch a duré pratiquement toute la journée. On est arrivées en fin d’après-midi et, sitôt les retrouvailles et présentations faites, on a dîné et on s’est couchées.
Je me suis endormie avant même d’avoir touché l’oreiller, et me suis réveillée avec le jour qui inondait la pièce à travers les rideaux.
 
Il a fallu encore un ou deux jours pour que je commence à m’y retrouver un peu. Le rythme était encore inopiné et je m’y faisais.
 
Un matin, j’ai emmené les chiens à la rivière. Le ciel était couvert, mais d’un gris clair uni, amical, qui laissait passer la clarté du jour. Le type de lumière qui donne un rendu optimum aux photos de forêt, mais donne un mal de chien au filtre polarisant pour effacer les reflets de l’eau.
La rivière était dans son cours normal, une eau claire et nette qui laissait voir les pierres du fond, et l’endroit où le courant forcissait, entre deux rochers séparés par une faille plus profonde que le reste de son lit. Les chiens nageaient dedans, courant après les bâtons et aboyant devant les cailloux.
J’ai longé un peu la berge, en passant de caillou en caillou. J’écoutais le bruit de la rivière, et le chant intermittent des oiseaux, que je commençais à reconnaître. J’ai regardé le vert des arbres, les couleurs sourdes de leur tronc dans la pénombre touffue du sous-bois.
Il y a eu un moment de calme, comme du bois de flottaison sorti des rapides, qui se retrouve brusquement sur de l’eau lisse, presque étale. Les chiens n’aboyaient plus. On n’entendait que leurs ébrouements de temps en temps, et le bruit des gouttes qui frappaient l’eau. Les oiseaux s’étaient tus. La rivière coulait et le vent soufflait un peu ; c’était tout.
J’ai ouvert grand les yeux, et j’ai respiré plus fortement.
Il n’y avait toujours que l’eau, le vent, les arbres. Et les cailloux.
J’ai regardé l’eau courant sur les pierres, les feuilles des arbres bouger dans le vent et les chiens rompre le reflet du ciel dans la rivière. Il ne s’est rien passé de particulier. J’ai attendu encore un moment avant de rappeler les chiens.
Quelque chose s’est allégé de mes épaules. Une sensation de joug qui se rompait, cette facilité à respirer qui revenait.
 
C’est bon d’être revenu de l’autre côté du monde.