Fremantle

Alter ego excentrique de Perth, Fremantle n’en est qu’à 19 km, mais c’est un tout autre visage qui s’offre au promeneur. La ville est entièrement centrée autour de son port de pêche et se veut maritime, par rapport à Perth, où le rapport de forces est plus équilibré entre arbres, pelouses et mer.
Mais la balade que j’y ai faite fut parfaite pour raviver mes racines brestoises ! Des bateaux de pêche amarrés au quai, l’odeur de poisson, les cris des mouettes, et le vent salé qui passe au milieu de tout cela m’ont rappelé la criée de Brest et les quais du port de pêche de Douarnenez… « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! »

En tout cas, j’ai eu plus de chance qu’à Matilda’s Bay pour choper les seagulls en pleine effervescence, et la tombée du jour a donné de belles couleurs sur la pellicule.

Swan River, Matilda’s Bay

En guise d’introduction à l’Australian way of life, mes hôtes m’ont emmenée en balade à vélo sur les bords de la Swan River via la Western Australian University. C’était drôle de passer sans plus de façons entre les vénérables bâtiments du campus, et encore plus de voir Bruce orchestrer un barbecue en bonne et due forme pour le lunchtime :D. On m’avait souvent parlé du culte absolu que les Australiens rendaient au barbecue : l’illustration en fut rapide !

Cela dit, si Matilda’s Bay est un lieu de prédilection local, ce n’est pas seulement pour ses barbecues places, mais aussi pour le panorama imprenable qu’elle offre sur Perth et l’immense baie creusée par l’estuaire de la Swan River, juste avant de se jeter dans l’Océan Indien.

Ajoutons à cela que c’est l’hiver ici, en Western Australia… et l’on se prélasse au soleil sous 16 degrés ^^ Presque la même température qu’à Paris, lorsque j’ai quitté le sol français en plein été ! On en a bien profité avant de terminer tranquillement la balade avec la tombée du jour. Car, seule véritable trace de l’hiver australien ici, le soleil se couche à cinq heures et demie…

Sometimes, dreams come true

Ce titre, pour faire écho au bel article de Cachemire et Soie, Dreams come true, qui est très vrai.
J’ai cependant un bémol à y apporter : quelques rêves deviennent réalité, pas tous.

Pourquoi pas tous ? Parce qu’on a peur, parce qu’on remet toujours à plus tard ce qu’on n’est pas sûr de réussir; parce qu’on pense ne pas être à la hauteur de son rêve, qu’on provoquera sa déchéance en voulant le réaliser.

Ou encore, parce que vos proches, vos amis, votre famille, ont peur pour vous, et vous disent de ne pas le faire « parce que c’est mieux ». Parce que c’est plus rassurant de rester en territoire connu, familier. Parce qu’on prend un risque en voulant entreprendre quelque chose, parce qu’on peut perdre des choses en voulant en gagner d’autres…
Il y a toujours un risque à prendre lorsqu’on veut faire quelque chose, en général. Si bien que réaliser ou non son rêve est bien souvent tributaire d’un débat entre ce rêve et la prudence, reine incontestée. Et, souvent encore, le pessimisme triomphe sur l’optimisme du rêve, et l’on finit par y renoncer sans seulement avoir essayé de le concrétiser.

Savez-vous seulement combien de gens m’ont dit que partir en Australie, c’était de la folie ? Combien de fois ma famille m’a dit que c’était n’importe quoi ? Qu’il valait mieux chercher un vrai boulot, me ranger dans la file des jeunes diplômés attendant anxieusement le jour où quelqu’un voudra bien m’engager, moi pauvre handicapé, qui risque d’être toute ma vie au chômage si j’ose ne pas vouloir devenir un travailleur modèle? Pour un travail qui ne me plairait peut-être pas, mais qui me rapporterait de l’argent. Il faut bien mettre de l’eau dans son vin ! Qui me permettrait de subsister, bon an mal an, jour après jour. Année après année. En me disant, chaque jour : « Bon, aujourd’hui je ne peux pas réaliser mon rêve, ni demain; mais un jour peut-être, quand j’aurai assez d’argent ? » Et puis c’est tout, car je n’ai pas le droit à plus. Pas le droit, car ce n’est pas convenable, ce n’est pas raisonnable.
Et pourquoi donc ne prendrait-on pas la liberté de vouloir plus que le raisonnable, au moins une fois dans sa vie ?
Parce que chacun de nous suit plus ou moins le même chemin. Jusqu’à ce que vienne le jour où l’on se rend compte qu’on ne réalisera jamais ce rêve, en fait. Parce que, par peur, par doute, par timidité, on se le sera interdit, en se trouvant des excuses chaque jour, en écoutant les objections d’autrui. Et qu’aujourd’hui, on n’osera plus prendre le risque de le réaliser.
- Ou bien, on se rend brusquement compte que si on ne le fait pas aujourd’hui, il sera bientôt trop tard pour le faire. Et cette prise de conscience pousse à se mettre un bon coup de pied au derrière et à se bouger MAINTENANT.

Pour moi, le vrai courage n’est pas la témérité. Ce n’est pas accomplir des choses dangereuses pour le seul plaisir de pouvoir s’en targuer ensuite. C’est écouter cette voix qui s’élève en soi, plaidant en faveur du rêve, malgré toutes les objections qu’on peut lui opposer. C’est se mettre soi-même à l’épreuve, pour être sûr que c’est ce que l’on veut vraiment, au fond de soi. Et, une fois cela assuré, c’est accepter de faire l’immense saut dans l’inconnu qu’il exige. Et aller jusqu’au bout de ce chemin, même si l’on n’en connaît pas vraiment la fin.

Partir en Australie, c’était peut-être de la folie. Mais nul rêve n’est raisonnable. Et rien n’est impossible, tant qu’on n’a pas tout essayé pour le réaliser.
L’Australie ne fut rien d’autre qu’un rêve pendant deux ans; un rêve que je croyais irréalisable. Aujourd’hui il est une réalité, et je n’ai pas encore été pulvérisée sur place par l’impertinence de ma tentative. Peut-être le serai-je, peut-être pas.
Quoi qu’il en soit, autorisez-vous, parfois, à faire crédit au rêve contre la prudence. Si l’on s’en donne les moyens et la volonté, si l’on va jusqu’au bout, si l’on donne tout ce qu’on a, parfois, le rêve devient réalité.
Et lorsque cela arrive, malgré les doutes éprouvés, malgré les difficultés rencontrées, dites-moi, échangeriez-vous votre place ?
Pas pour tout l’or du monde, en ce qui me concerne.