Réminiscence

Je viens de retrouver un post que j’avais écrit sur mon premier blog… et que je trouve toujours, si ce n’est encore plus, d’actualité. J’y parle du concours de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm auquel je venais d’échouer pour la troisième et dernière fois il y a moins d’un mois – le post date du 26 juillet 2008, les résultats de l’écrit étaient en juin – mais mon propos pourrait s’appliquer à n’importe quel concours, n’importe quelle sélection qui se prépare sur le long terme. Et je remercie l’intellect de mon moi de vingt ans d’avoir eu la sagesse et la lucidité de lui rappeler cela alors qu’il était encore émotionnellement très partagé entre le refus de l’échec et la dévalorisation complète de ses années de labeur.
Je vous laisse le lire…

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« J’espère que tu ne l’aimes pas pour faire comme les autres. »

« J’espère que tu ne l’aimes pas pour faire comme les autres. Que tu ne l’as pas épousé pour faire comme les autres. »
 
C’était mesquin, c’était bas, c’était tout sauf une vraie interrogation. Une fausse sollicitude qui ne servait qu’à déguiser des intentions tout sauf bienveillantes.
Je n’ai pas relevé dans l’instant, me disant que ce n’était que ça – la mesquinerie d’une ancienne amie qui cherchait à blesser. Mais, au bout d’un moment cette petite phrase s’est incrustée dans mes pensées, tant elle me semblait aberrante. Et complètement déplacée.
Alors, j’ai décidé d’y répondre.
 
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Bearing Nadav’s memory

(This post is the fourth of a series about Nadav’s death. The previous ones are Et lux perpetua luceat eumNadav’s legacy, and Facing Nadav’s death)
 
Today, it has been six years since Nadav died.
 
Most people would say his story is heartbreaking. And it actually is, in a way. But it is also one of the best and bravest stories I’ve ever witnessed.
Was I sad when he passed away? Yes, because he was a great person. But am I sad today when I think about him? No, because he lived, and I was lucky enough to cross his path. Today, I am infinitely grateful for having been his companion for six months, and for everything he brought into my life.
 
His father said one day that he often wondered what would stay from Nadav now, in our daily lives. I can only say : but I can’t even take it out of my life. He shaped my life with his. And he still lives in it.
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Requiem aeternam dona eo

Ce n’est pas mon deuil ; ce n’est pas ma douleur. Mais je la partage, parce qu’elle touche des proches.
Ce n’est jamais que la quatrième fois que ça m’arrive, de voir un drame surgir à côté de moi. À chaque fois, je n’ai pas d’autre lien qu’affectif avec les personnes touchées ; à chaque fois je m’en sens partie prenante malgré tout ; et le choc s’il est moindre n’en est pas moins réel.
Une fois c’était une personne seule ; la seconde c’était des parents ; les deux dernières fois c’est d’un enfant qu’il s’agit…
Il existe peu d’événements plus terribles dans la vie d’un parent que de faire le deuil de quelqu’un qu’ils ont désiré, qu’ils ont aimé assez pour lui donner la vie et leur temps, qui devait leur survivre, enfin.
Souvent, au cœur de la souffrance d’autrui, on peut encore faire, dire, espérer quelque chose. Ne serait-ce qu’avoir conscience que notre présence peut aider, et être là, même si on n’en mesure pas l’effet.
Parfois, il ne reste plus rien d’autre que l’impuissance.
 
 
Et c’est cela le plus terrible à subir, au fond. Ce n’est pas la mort, ce n’est pas la douleur, puisqu’on sait qu’elle ne nous touche pas directement, qu’elle n’a pas de commune mesure avec celle des parents. C’est de voir un gouffre s’ouvrir sous les pieds d’un proche, le voir tomber dedans ; c’est vouloir l’aider de toute son âme, et savoir dans le même instant qu’on ne le peut pas. Que personne ne le peut ; qu’il doit traverser cela seul. Que ça le brise en mille morceaux et qu’il ne sait pas s’il parviendra à recoller les morceaux un jour.
Et cela ne nous laisse que plus démuni devant sa souffrance et la nôtre.
 
Il ne reste qu’à accepter cette faille béante ouverte dans notre quotidien ; à la regarder en face ; à laisser la douleur nous traverser ; et à prendre une nouvelle fois conscience que vivre est un privilège qui nous est donné par la grâce du destin, et que nous prenons trop souvent pour acquis.
 
Alors vivez ; et donnez du sens à votre vie. La grâce de la mort est de nous rappeler l’importance de notre existence, si humble soit-elle.
Une vie peut changer le monde ; un jour de ce monde peut changer une vie. 
 

Retour à l’intellect

Depuis quelques mois, un nouveau tournant s'amorce, qui est de nouveau un retour aux sources. 
Je redeviens ce que je n’ai jamais cessé d’être, au fond : une intellectuelle. Au sens littéral : quelqu’un qui a de la réflexion, qui fait de l’esprit, qui réfléchit pour tout. J’analyse tout dans ma vie, certes ; ce n’est pas neuf. Mais je me tourne à nouveau maintenant vers l’art, la culture, la littérature, la critique ; toutes ces choses que j’ai cultivées en prépa, puis délaissées, parce que je m’en sentais indigne, pour ne pas avoir réussi l'École Normale Supérieure.
À ne pas confondre avec « l'intellectualité » que Nathalie Sarraute stigmatise dans Tropismes : 
« Lui cacher cela – vite – avant qu’elle ne le flaire, l’emporter, le soustraire à son contact avilissant… Mais elle les déjouait, car elle connaissait tout. (…) Dans les recoins les plus secrets, dans les trésors les mieux dissimulés, elle fouillait de ses doigts avides. Toute « l’intellectualité ». Il la lui fallait. Pour elle. Pour elle, car elle savait maintenant le véritable prix des choses. Il lui fallait l’intellectualité. »

Entrée dans l’âge adulte

En me réveillant ce matin, je me sentais fatiguée, pas motivée. Un peu grognon.
Je me suis raisonnée ; puis j’ai décidé d’être sympa avec moi-même et de ne pas forcer. J’ai pris mon temps pour me lever, me mettre en route. Pendant la méditation, mes sensations étaient différentes. Je me sentais plus petite dans l’espace, et plus grande à la fois. Un peu étrange, mais pas désagréable.
J’ai mangé, puis je suis allée courir. Je n’ai pas cherché à forcer l’allure, seulement à avancer. Bien sûr, au milieu j’étais un peu lassée ; je me suis poussée un peu. À la fin, l’allure était plus facile à tenir ; en regardant le chrono j’ai vu que le rythme était bon.
J’ai bouclé la distance, arrêté le chrono, et j’ai commencé à marcher à un bon rythme pour me refroidir.
Et quelque part dans ma tête, est arrivée sans prévenir la pensée que j’avais trente ans. Que ça faisait quinze ans que j’avais passé l’âge de quinze ans.

Affronter la mort de Nadav

Ceci est la traduction d'un post plus ancien, Facing Nadav's death, écrit en anglais.
 
Ce post a mis un temps fou à sortir sur le papier sous une forme lisible, si bien qu’il a pris beaucoup de retard. Mais laissons-le être la troisième évocation de Nadav, pour le troisième anniversaire de sa mort.
 
Tout est venu d’un commentaire du père de Nadav sur ce que j’avais écrit en mémoire de son fils pour le second anniversaire de sa mort (dans L’Héritage de Nadav).
J’avais été surprise par l’ampleur des réactions provoquées par ce post, et il m’a simplement répondu un jour : « Très peu de gens parviennent réellement à regarder en face leurs sentiments les plus douloureux, les plus angoissants. Tout le monde (ou presque) passe sa vie à fabriquer des stratégies d’évitement, de contournement ; et lorsque c’est réussi, ils appellent ça « le bonheur ». Mais, en fait, au fond, personne n’est vraiment dupe. Et toi tu arrives et tu leur balances à la figure le simple fait qu’il en faut peu pour regarder la vie droit dans les yeux. Et ça, ça bouleverse les gens. »
 
Alors, j’ai logiquement pensé à ce qui fait peur à presque tout le monde, à ce que les gens évitent le plus dans leurs vies : la mort.
À la mort de Nadav. Et à une autre : celle des parents d’une amie que je connaissais depuis l’enfance et à qui je tenais vraiment, sans jamais l’avoir dit. Leur mort dans un accident de la route m’a désintégrée en mille morceaux, ensuite Nadav est mort peu de temps après.

Dare to be free

Freedom is everything in the world. It is the vision of hills rolling everywhere around you when you step on the top of the summit you’ve been climbing since dawn. The feeling of oneness you feel when lost in your action within the world, be it running, writing, working in the fields, talking with a friend. The glory of seeing a new dawn rising on your corner of Earth, alone in the quietness of the fading night.  It is the moment when you feel your heart expanding to the universe, filled with happiness and joy to be simply here and be what you are.
It is the feeling you can go wherever you want, whenever you want. This potential to be whatever you wish to be. To know you can get up tomorrow and choose to be a totally different person from who you used to be. That you can choose a path among those you see in front of you or build your own one. That you can achieve whatever you want, if you set out to do it.
There’s only one condition to keeping that freedom alive, but it is paramount.

« You shall be redeemed » (Isaiah 52:3)

 

It is only when watching Andrew Solomon’s TEDTalk 2014, « How the worst moments of our lives makes us who we are », then another one, « Depression, the secret we all share » that I heard testimonies from people who had had depression, telling about similar things than those I experienced when I was younger.
 
One of them, said M.Solomon, told him she was hearing a voice in her head, while trying to cover it by singing to herself the same song over and over. A voice that was telling her : « You are nothing. You are nobody. You don’t even deserve to live ». And she said that was when she really started thinking about killing herself.
 
It struck a chord. I kept watching. Listening to all theses testimonies, among them Solomon’s own, no less impressive than the others.
And something struck even deeper, when, once the talk ended, I revved back to precise moments, precise sentences, and watched them over again.
These were adults that had been through the worst moments of their lives, and they had to cling to life with all their might to get over it. They had to find support among their families, their friends, their spouses. They even went on medication for years. They needed, in short, all their strength, all the help they could get to survive.
It happened to them when they were adults, with relationships, support, means to fight.

A matter of life over death

 

A question I’ve never been asked, a question I’ve often asked to myself, a question I may truly find the answer to only on the day of my death, is: what made me reel back from the edge of suicide, and giving my own life another chance?
 
The peculiarity of all my suicidal attempts is this : every time I found myself only inches away from a death I’d planned carefully enough to know that once I’d go on, I would not be able to go back – every time I faced the certainty of my own death once I’d decide it, I stood on the ledge for a varying amount of time, and managed to talk myself out of it.
Some wouldn’t even call that a true suicidal attempt. For them, to attempt suicide, you have to flail yourself in such a situation, to fall so far beyond all self-help and control that you have no means whatsoever to reel back by yourself, should you want it, and have to be saved by someone else to survive.